Monsieur Kaplan

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mardi 8 janvier 2019

Le monde de George et Barbara Bush


George Bush. À l’époque, c’était simple, il n’y en avait qu’un. Pas besoin de distinguer George Herbert Walker, 41e président des États-Unis d’Amérique, de son fils George Walker, futur 43e président de la même fédération. Nous étions fin 1988, ce siècle n’avait plus que douze années devant lui et le monde était un peu fou. Car le monde, en 1988, était coupé en deux.

À l’Ouest, les cowboys, à l'est, les cocos
À l’ouest, les cowboys ; à l’est, les cocos. DR
À ma gauche (1), le bloc de l’Ouest. Un tas de pays plutôt de droite où tout le monde était libre, heureux et plus ou moins riche, sauf les pauvres. On pouvait acheter à peu près tout ce qu’on voulait dans les magasins, sauf les missiles. Le clan était dirigé par les United States of America ou USA (ça faisait déjà classe de le dire en anglais), reconnaissables à de nombreux signes distinctifs.
  • Une flopée d’étoiles blanches sur fond bleu et une pile de bâtonnets rouges sur fond blanc ou blancs sur fond rouge parfaitement rangés.
  • Un oncle Sam qui avait l’air d’en avoir un sacré paquet sous le chapeau.
  • Un archipel de rêve appelé « Hawaii ».
  • Des troupeaux de cowboys courant qui après une vache, qui après un Apache, qui après le dollar à dix francs (2).
  • Des super-héros avec des noms en « -man » (Superman, Spider-Man, Batman).
  • Quatre gus taillés dans la montagne à deux jets de burger de Rapid City, dans le Dakota du Sud (3).
  • Des burgers, mais on ne savait pas trop ce que c’était (4).
  • Du Coca-Cola qui rendait quiconque en buvait joyeux comme un loukoum.
  • Dallas, son univers impitoyable et un oncle J.R. avec plein de pétrole sous le chapeau.
  • Un poisson nommé Wanda.
  • Un concept géopolitique aventureux : la « guerre des étoiles ».
  • Du rock, du roll, Elvis.
  • Des Cadillac et des Chevrolet.
  • Enfin, trois mecs qui avaient décidé qu’on n’était pas là pour beurrer les crackers et qu’il fallait faire oublier pour toujours les affres du Viêt Nam, le Watergate et, surtout, le sourire droit-de-l’hommiste de Jimmy Carter : Rambo (I, II et III), le lieutenant Pete « Maverick » Mitchell, héros du film Top Gun, et Ronald Wilson Reagan, ex-cowboy d’opérette et 40e président des États-Unis.
Ça, c’était le bloc de l’Ouest.

Quatre gus taillés dans la montagne dans le Dakota du Sud
« Theodore Roosevelt a une façon de me regarder que je n’aime pas. » MGM
À ma droite (5), le bloc de l’Est. Un tas de pays plutôt de gauche où tout le monde était coincé, malheureux et plus ou moins pauvre, sauf les riches – mais y en avait-il ? On ne pouvait acheter à peu près rien de ce qu’on voulait dans les magasins, mais on y trouverait bientôt des missiles. Clan emmené par l’Union des républiques socialistes soviétiques ou URSS (ou CCCP, à ne pas confondre avec le compte chèque postal, CCP), reconnaissable à de nombreux signes distinctifs.
  • Une faucille, un marteau et une petite étoile d’or négligemment disposés sur un fond rouge.
  • Un tonton Lénine qui n’avait pas de chapeau ni même de cheveux.
  • Un archipel de centres de remise en forme par l’activité physique et manuelle.
  • Des bancs de nageuses est-allemandes qui couraient sur l’eau. (Icelles n’étaient certes pas russes, mais faisaient partie de l’empire.)
  • Des chefs d’État pas toujours commodes avec des noms rigolos en « -ine » (Lénine, Staline) ou en « -ev » (Khrouchtchev, Brejnev, Gorbatchev).
  • Des matriochkas taillées dans le bois, peintes et vernies, qui s’emboîtaient les unes dans les autres, c’était joli et amusant.
  • Du caviar, mais on ne savait pas trop ce que c’était, sinon qu’il semblait réservé à une certaine gauche essentiellement composée d’amis et de disciples de François Mitterrand, notre tonton à nous – coiffé d’un beau chapeau.
  • De la vodka qui rendait quiconque en buvait saoul comme un Polonais.
  • Le Cuirassé Potemkine, son escalier impitoyable et un landau qui se demandait s’il l’avait bien descendu.
  • Un torchon nommé Pravda. Ce journal soviétique passait pour raconter beaucoup de choses avec lesquelles nous, peuples de l’Ouest, n’étions pas d’accord. Mais nous ne pouvions pas le vérifier, car on ne le trouvait pas à la Maison de la presse. Et puis il était composé dans un drôle d’alphabet pas comme chez nous.
  • Les chœurs de l’Armée rouge et Ivan Rebroff.
  • Des Lada et des Zil. La Zil était à la nomenklatura ce que la Rolls-Royce est à la famille royale d’Angleterre.
  • Un concept géopolitique mystérieux : la « perestroïka ».
  • Enfin, de temps en temps, d’époustouflants défilés militaires avec des gens parfaitement rangés les uns à côté des autres et les uns devant ou derrière les autres, au millipoil près, sous le regard assoupi de types empoilés de chapkas en fourrure de lapin de banlieue moscovite ou de zibeline des steppes, on n’a jamais trop su.
Tel était le bloc de l’Est.

La Zil de Mikhaïl Gorbatchev : quatre roues, 5,5 tonnes, 6,34 m de long, 65 litres aux 100 km. DR
Le monde, en 1988, était un peu fou, car chaque moitié du globe rêvait, plus que jamais, d’en découdre avec l’autre. L’Ouest pointait ses missiles bourrés de technologie vers l’est et l’Est dirigeait la plupart de ses missiles bourrés de 15 % à 20 % de son PIB (6) vers l’ouest. Au milieu et au pied du Mur, les Berlinois serraient les fesses.

En France, François Mitterrand venait d’inaugurer la grande pyramide du Louvre et d’être réélu avec un peu plus de 54 % des voix, à la grande surprise de « M. le Premier ministre », Jacques Chirac. Un triomphe que devait certainement lui envier Ronald Reagan, qui approchait de la fin de son second mandat et qui, en vertu du XXIIe amendement de la Constitution interdisant l’emploi de « troisième » après « second », s’apprêtait à quitter le pouvoir et à retourner cultiver ses terres.

On en était là quand, le 18 août 1988, à La Nouvelle-Orléans, un grand échalas d’anthracite vêtu, paupières et col de chemise tombants, se présenta à la convention nationale républicaine et, sur la tribune perché, l’investiture en son bec, tint à peu près ce langage :

« And I’m the one who will not raise taxes. […] And the Congress will push me to raise taxes and I’ll say no. And they’ll push, and I’ll say no, and they’ll push again, and I’ll say, to them : “Read my lips : no new taxes.” »

« Je suis celui qui n’augmentera pas les impôts. […] Si le Congrès me pousse à les augmenter, je dirai non. S’ils insistent, je dirai non, et s’ils insistent encore je dirai, je leur dirai : “Lisez sur mes lèvres : pas de nouvelles taxes.” »


George Bush dit : « Read my lips. »

George Herbert Walker Bush reçoit l’investiture du Parti républicain pour la présidentielle américaine, le 18 août 1988, à La Nouvelle-Orléans. DR

« Read my lips : no new taxes. » Six mots subtilement, langoureusement et droitement scandés au rythme de l’index pointé vers la foule, qui en resta comme deux ronds de flan et épandit sa joie en agitant fébrilement des pancartes bleues portant en blanc les quatre lettres du nom de famille de George Herbert Walker Bush. B.U.S.H. Quatre lettres qui, grâce à cette promesse qui ne sera pas tenue, dirigeront pendant quatre ans les États-Unis d’Amérique. Quatre lettres qui assisteront au changement du monde sans trop y participer, mais un peu quand même. Quatre lettres que chacun ne prononçait pas de la même manière.

En France, tout le monde s’accordait pour dire « bouche » : « Georges Bouche ». Sauf notre excellent professeur d’histoire-géographie qui, au lycée, nous en parlait comme d’une bûche de Noël : « Georges Bûche ». Ce qui ne manquait pas de nous faire sourire. Puis une cousine, de retour du Royaume-Uni où elle avait séjourné comme fille au pair, nous expliqua que « Bush » ne se prononçait ni « Bouche » ni « Bûche », mais quelque part entre « Bouche » et « Beuche » (il nous semble que Philippe Peaster, journaliste auteur de ce portrait de George Bush diffusé sur FR3 (7) le 9 novembre 1988, le dit à peu près comme il faut). Bref, un truc imprononçable pour un Français normalement constitué, un peu comme l’emblématique « the », ni tout à fait « ve » ni totalement « ze », la langue entre les dents et sous la moustache.

L’affaire se corsa quand, quelques mois après son arrivée à la Maison Blanche, George Bush lança l’opération militaire « Bouclier du désert » contre l’Irak, qui venait d’avoir l’outrecuidance d’envahir et d’annexer le Koweït, le 2 août 1990, sans même avoir eu la politesse de demander avant. Le Koweït : quelques arpents de sable coincés au fond du golfe Persique. Quelques arpents seulement, mais quelques arpents gorgés de pétrole. Aussi était-il impensable que le monde libre et soucieux du respect des droits des nations laissât Saddam Hussein, qu’il avait certes soutenu dans sa guerre contre l’Iran, s’amuser avec des arpents si précieux. Le Koweït : presque personne n’en avait entendu parler, mais à peu près tout le monde disait « Ko-ouétte ». Sauf François Mitterrand, qui le prononçait « Kovééte », et notre maman, qui articulait « Koviette », bien que la Pravda fut fort rare en la contrée. Les années Bush, qui avaient commencé sur un coup de génie labial, n’en furent pas moins celles de problèmes linguistiques certains.

La guerre du Golfe, que l’on ne qualifiait pas encore de « première », puisqu’il n’y en avait pas encore eu de deuxième, fut un émerveillement. Pour la première fois depuis Abel et Caïn, l’humanité allait connaître une « guerre propre », sans bombardements, ni victimes civiles, ni bavures. Comme leurs noms l’indiquaient (« Bouclier du désert », « Tempête du désert »), les opérations militaires s’apparentaient à quelques courants d’air balayant les dunes d’Arabie, où il n’y avait pas âme qui vive, sinon celles de deux ou trois chameaux égarés.

Les nuits de Bagdad pendant la guerre du Golfe
Ah, Dieu ! que la guerre est jolie, avec ses missiles et ses missiles antimissiles. Shakomako
Ce ne furent que « frappes chirurgicales » contre les méchants seulement, tirs de missiles Scud et de missiles antimissiles Tomahawk, en un ballet enchanteur qui illumina les mille et une nuits de Bagdad et nos mirettes ébaubies. À peine eut-on vent de quelques « dommages collatéraux », si infimes et si bénins qu’on ne pensa pas à les déplorer. Ce fut aussi, pour la première fois, une guerre télévisée, presque en direct, grâce à CNN, dont on apprit l’existence et qui abreuva le monde entier d’images transmises par les armées de l’alliance, sans censure ou presque. Seul Jacques Martin, qui avait gardé quelques reliefs d’insolence de son éducation jésuite, y décela le filigrane du contrôle militaire. Son émission humoristique Ainsi font, font, font, sur Antenne 2 (8), mit en scène un général qui savait tout et dont les présentations, qui ne nous apprenaient rien, étaient sans cesse interrompues par « le direct », c’est-à-dire des vidéos saccadées du désert furtivement survolé par des hélicoptères filant sans grâce vers une destination inconnue. Sur une autre chaîne et dans une autre émission satirique, apparut un personnage qui allait connaître plus de succès : le commandant Sylvestre des Guignols de l’info.

Fidèle à sa tradition pacifiste, la France prit part au conflit, le 16 janvier 1991. À l’Assemblée nationale, les députés socialistes votèrent la guerre comme un seul homme. Les Français qui avaient connu les privations de la Seconde Guerre mondiale se ruèrent dans les magasins pour faire des stocks de sucre et de produits de première nécessité. Quelque 19 000 autres prirent le chemin de l’opération « Daguet », la fleur au missile, et firent « parler les armes », comme l’avait formulé François Mitterrand. Cette participation française à la coalition de 35 nations dirigée par les États-Unis fut dûment récompensée, puisqu’à l’issue du conflit, quand les vainqueurs se partagèrent le marché de la reconstruction, l’entreprise alsacienne Haemmerlin se vit attribuer celui des brouettes (9). Tout était bien qui finissait bien.

On a beaucoup parlé de George Bush, mais pas assez de sa moitié, Barbara. C’est une grande injustice. Âgée de 63 ans lors de l’élection de 1988, elle fut ce que sera Bernadette Chirac en France quelques années plus tard : une femme qui semblait être la mère de son mari. Alors que nous étions habitués à voir défiler sur les tapis rouges de la diplomatie internationale des Danielle Mitterrand, Raïssa Gorbatchev et Nancy Reagan, trois silhouettes graciles au museau menu et aux quinquets saillants, l’arrivée de cette boule de gros cheveux blancs cerclée d’un collier de fausses perles à 500 francs chamboula le style « First Lady ». Même Rosalynn Carter, Betty Ford et Pat Nixon, à côté, c’était Barbarella.

Barbara Bush
Barbara Bush le 8 janvier 1989, trois ans jour pour jour avant de sauver le monde (nous y reviendrons). David Valdez/White House Photo Office

Avec ses tenues rassurantes et sa simplicité frappée au coin des valeurs familiales de la tradition américaine, elle faisait immanquablement penser à Grand-Mère Donald et semblait vouée, comme elle, à mitonner des tartes aux pommes dans une ferme isolée du Vermont pour ses cinq enfants et dix petits-enfants. (Les tartes aux pommes de Grand-Mère Donald nous fascinaient, car les fruits étaient recouverts d’un entrelacs de bandelettes de pâte, tandis que les tartes aux pommes familiales, certes délicieuses, étaient d’une architecture plus rudimentaire, sans ce délicat moucharabieh.)

Et pourtant… Barbara Bush, née Pierce, sut, le 8 janvier 1992, sauver son mari et le monde d’un désastre diplomatique, économique et financier. Nous y avons assisté quasi en direct et nous en souvenons parfaitement. Ce jour-là, vers midi, nous sommes rentré du lycée pour déjeuner et, à 13 heures, avons jeté un œil sur le journal télévisé d’Antenne 2.

Nous faillîmes assister au naufrage du monde. George Bush était alors en tournée diplomatique en Asie (un périple de douze jours) et se trouvait chez le Premier ministre du Japon, Kiichi Miyazawa, qui donnait en son honneur un dîner d’État. Le présentateur du journal (Philippe Lefait ou Hervé Claude) décrocha soudain son téléphone (10), prit une mine grave et annonça que le président américain venait, à Tokyo, d’être victime d’un malaise ; qu’on n’en savait pas plus pour le moment ; mais qu’on ne manquerait pas de nous tenir informés de la suite des événements.

Hervé Claude en décembre 1989
Le 8 janvier 1992, le « 13 heures » était présenté par Philippe Lefait ou Hervé Claude.
Nous croyons nous rappeler que c’était Hervé Claude (ici en décembre 1989), mais nous n’en sommes pas sûr. Antenne 2/INA

Nous, nous ne nous inquiétâmes pas trop ; mais le monde, lui, n’attendit pas d’être informé de la suite des événements pour n’en faire qu’à sa tête. En une dizaine de minutes, la Bourse de Wall Street, craignant que quelque chose de grave ne fût arrivé, dévissa ; le dollar chuta ; un effluve de panique se répandit sur la planète financière, échevelé mais entêtant. Le vice-président américain, Dan Quayle, se déclara prêt à prêter serment. Qu’allait-il se passer ? Qu’allait-il advenir du monde ? Qu’allait-on devenir ? Y aurait-il un futur ? Quid des emprunts russes ?

On se posait toutes ces questions quand, alors qu’on approchait de la fin du 13 heures, le présentateur décrocha une dernière fois son téléphone. Gravement. Il écouta ce qu’on avait à lui dire. Attentivement. Il raccrocha le téléphone. Calmement. Puis il esquissa un sourire et révéla que George Bush souffrait simplement d’une légère grippe intestinale et venait de vomir sur le pantalon du Premier ministre japonais. Soulagement. En quelques instants, le dollar regrimpa, les Bourses mondiales se redressèrent et la catastrophe se dissipa encore plus rapidement qu’elle avait pointé le bout de son nez.

En préparant la présente faribole, nous nous sommes demandé si l’internet international avait gardé quelque trace de cet événement tragi-comique. Il y en a bien plus que nous le pensions, mais nous n’avons, hélas, pas retrouvé le 13 heures d’Antenne 2 de ce mercredi 8 janvier 1992, même sur le site de l’Institut national de l’audiovisuel. Voici cependant le 19/20 de FR3 de ce même jour, qui revient, sans coups de fil mais en images, sur cette capsule de la quatrième dimension de la géopolitique internationale.

Que se passa-t-il exactement ? Pour le savoir, on peut regarder cette vidéo diffusée le 11 janvier 1992 par la chaîne ABC ou, mieux encore, cet extrait de la scène au ralenti qui en montre le déroulement avec la même précision que le film de l’assassinat de John F. Kennedy tourné par Abraham Zapruder le 22 novembre 1963 à Dallas – la ville texane, pas la série télévisée susnommée.

Vidéo de la scène du vomissement


L’Américain Adam Wiener, qui a publié cette vidéo sur sa chaîne Youtube, fut l’un des premiers à voir ces images. Il travaillait alors pour la chaîne de télévision CBS, à New York, et surveillait le flux de vidéos en provenance de l’étranger. C’était « une nuit très calme de coordination de la couverture d’un voyage présidentiel de routine », se rappelle-t-il. Puis, au milieu de la nuit, l’inimaginable fit irruption sur son écran et ce fut « un moment de chaos ». « Je dus penser, soudain, à toutes les personnes que j’allais devoir réveiller. Et répondre à tous ceux qui me demandaient les droits de diffusion. »

Déjà incommodé par de légères indispositions plus tôt dans la journée, George Bush avait tenu à participer au banquet officiel donné par Kiichi Miyazawa, auquel il tentait (en vain) d’arracher des concessions dans le règlement des différends commerciaux entre les États-Unis et le Japon, notamment l’ouverture du marché nippon aux exportations américaines de voitures automobiles (Lincoln, Chevrolet, Cadillac, mais pas de Zil). C’est là que, entre le saumon cru au caviar et le bœuf grillé à la sauce au poivre, et en présence de 135 diplomates et personnalités officielles, le président américain est soudain devenu livide, a basculé sur sa gauche, est tombé de sa chaise, s’est écroulé aux pieds de son hôte et a déversé une vomissure sur les genoux d’icelui. « Tout s’est passé très, très vite », rapporta au New York Times un intrépide témoin proche de la scène, sous le couvert de l’anonymat.

Assise à la gauche du Premier ministre nippon, Barbara Bush sut réagir avec rapidité, pragmatisme et efficacité. Dès que son mari commença à chanceler, elle se leva, lui tendit sa serviette de table, puis, pendant que Kiichi Miyazawa soutenait entre ses mains la tête qui vomissait sur ses genoux, se précipita pour le redresser et lui appliquer la serviette sur la bouche, sans doute pour en essuyer les résidus de nourriture régurgitée. Puis, quand le président s’effondra de nouveau à terre, elle laissa la place aux services secrets, qui réussirent à le relever, lui passèrent un manteau vert et l’accompagnèrent au-dehors. Là, encore barbouillé et hagard, mais souriant et blagueur, il lança « Je vais bien », puis regagna le palais d’Agasaka, résidence d’accueil des chefs d’État étrangers. Barbara Bush, quant à elle, resta au dîner du Premier ministre jusqu’à son terme pour rassurer et, surtout, prier que l’on excusât son mari.

Jackie Kennedy à Dallas, le 23 novembre 1963
Jackie Kennedy à Dallas, le 23 novembre 1963, prenant l’air depuis la Lincoln présidentielle. A. Zapruder
On a beaucoup glosé, depuis plus de cinquante ans, sur le film d’Abraham Zapruder, sans vraiment relever la panique qui s’empare de Jacqueline Kennedy au moment où explose la tête de son mari. Elle semble se demander vaguement ce qu’il se passe, puis cherche à prendre la fuite et se vautre sur la surface arrière de la Lincoln présidentielle (11). C’est tout.

L’histoire a moins retenu le courage et le sang-froid de Barbara Bush qui, dans des conditions certes moins dramatiques mais néanmoins périlleuses pour la diplomatie américano-nippone du début des années 1990, déjà bien assez tendue, a su réagir comme il fallait. Que serait-il arrivé si elle n’avait pas assisté son mari dans ce qu’il qualifia lui-même de « cauchemar social » ? Le monde a failli, ce jour-là, sombrer dans le chaos et c’est bien elle qui l’en sauva. Nous devrions lui en savoir gré, mais nous l’avons vite oublié. Puisse ce billet, vingt-sept ans après ce rocambolesque mercredi 8 janvier 1992, lui rendre l’hommage qu’elle mérite.
 

 
(1) Petite envie de faire hurler les cartographes et Guy Mollet, pardon. (Pour ceux qui viennent de la note no 5, vous pouvez retourner au texte en cliquant ici.)

(2) Objectif atteint le 12 février 1985. Une hausse stupéfiante pour le billet vert, qui ne valait que 4 francs en juillet 1980, quelques mois avant l’élection de Ronald Reagan. « L’équivalent d’un choc pétrolier », écrira Jacques Delors, ministre de l’Économie et des Finances de Pierre Mauroy (1981-1984), dans ses Mémoires, publiés en 2004.

(3) À gauche, George Washington. À droite, Abraham Lincoln. Entre les deux, Thomas Jefferson et Theodore Roosevelt, difficiles à reconnaître parce qu’ils sont en partie dissimulés par le renfoncement de la roche et, surtout, parce qu’ils sont moins connus que les deux premiers.

(4) Le burger était, dans la France de 1988, très peu connu. D’abord, on disait « hamburger ». Ensuite, les restaurants rapides McDonald’s étaient fort rares dans notre pays, bien qu’il y eût déjà des jeunes. Le premier ouvrit en 1979 à Strasbourg. Paris accueillit sa première arche jaune en 1984, à Montmartre. Mais l’année 1988 fut secouée par une polémique sur l’ouverture du McDonald’s des Champs-Élysées, qui choqua la France comme, sept ans plus tôt, les États-Unis avaient été choqués par l’entrée de ministres communistes dans le gouvernement français. Comment ? On allait laisser les Yankees s’attaquer à notre bon vieux jambon-beurre (la star des comptoirs de bistro), à nos p’tits bordeaux de derrière les fagots (sans bulles) et à la sacro-sainte blanquette de veau du commissaire Maigret (alors joué par feu Jean Richard) ? « Hélas, trois fois hélas », imaginait-on soupirer feu le général de Gaulle en se secouant comme un cabri dans sa tombe de Colombey-les-Deux-Églises.

(5) Voir note 1.

(6) Selon Pascal Gauchon et Yves Gervaise dans Le Nouveau Monde géopolitique des Amériques, édité à Paris aux Presses universitaires de France en 2005, pages 234-249. Information glanée sur Wikipédia.

(7) Ancêtre de la chaîne France 3 (note à l’attention des jeunes).

(8) Ancêtre de la chaîne France 2 (note à l’attention des jeunes).

(9) Nous nous rappelons avoir appris cela au détour d’un journal télévisé et surtout en avoir bien ri. Mais nous n’avons trouvé, sur l’internet francophone, aucune trace détaillée fiable de cette information mémorable. La perplexité nous étreint : et si notre mémoire nous jouait un vilain tour ? Et si nous avions été la victime d’une forme ancienne de canular ? Nous ne le croyons pas, mais dans le doute, nous préférons le préciser..

(10) À cette époque, les présentateurs de journaux télévisés avaient sur leur bureau un téléphone grâce auquel ils pouvaient, à tout moment, être alertés d’une nouvelle urgente, ce qui, pour nous, relevait du dernier chic.

(11) La Lincoln était à John F. Kennedy ce que la Zil était à la nomenklatura soviétique.

lundi 31 décembre 2018

La nuit de saint Sylvestre

Sylvestre Ier guérissant des « gilets jaunes » blessés par les CRS après une manif sur les Champs. Maso di Banco, fresque de la chapelle Bardi di Vernio de la basilique Santa Croce de Florence, Italie, vers 1335.

Le Soleil est au plus bas de sa course, pris dans les filets du solstice. Le ciel est noir, glacé, aigre. La neige tombe et plombe la terre. Le vent burine l’horizon de ses âpres traits et les arbres, tels des sorciers, agitent leurs bras secs et noueux. Ils font peur aux enfants. Colonnes de brume, divisions de froidure et raids de verglas envahissent la France comme jadis les troupes allemandes après avoir percé la ligne, bleue de frayeur, des Vosges. C’est le général Hiver. C’est la guerre.

Dieu merci, dans le silence de la nuit, un Sauveur vient de naître, on ne saurait le méconnaître. Il fallait bien cela pour nous distraire de nos tourments et nous ouvrir aux ripailles de fin d’année. Le rite est immuable : la famille se réunit autour d’une bonne grosse dinde sertie de marrons. Tout le monde est heureux ou fait semblant de l’être, à l’exception dudit gallinacé, qui n’a le goût ni de la religion, ni du sacrifice, au moment où pourtant nous avons le plus besoin de ses revigorantes calories. La dinde est pingre, mais qu’importe ! nous rions devant la farce. Guerre ou pas, bonne fortune ou pas, nous pouvons enfin, décomplexés par de pétillants breuvages, nous emplir des fruits de la mer, des gras foies de l’oie ou du canard, de notre dinde, donc, de bûches fastes et crémeuses, et nous ruiner en cadeaux dont les plus inutiles seront bien vite revendus sur l’internet afin de pallier l’imminent prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source. C’est la magie de Noël. C’est le début du bonheur.

Vient une période de molle latence. On ne pense plus à ses ennuis – ils reviendront bien assez tôt –, on ne se berce plus de la persistance du houx, mais pas encore des illusions du gui, on se vautre dans le sucre et la luxure. C’est la trêve des confiseurs.

La trêve : une cessation temporaire des hostilités et, par extension, de toutes sortes d’affaires, dont les bavardages et les plaisanteries. Faut-il comprendre que les confiseurs s’abandonnent à l’inaction, à l’oisiveté ? Que nenni. Ce sont les autres qui cessent toute activité séculière, précisément pour faire leurs emplettes auprès de ces artisans de bouche, qui, de ce fait, tirent leurs marrons glacé du feu en vendant bonbons, caramels et chocolats par généreuses pelletées.

La trêve des confiseurs serait apparue en 1874. À la suite de la guerre de 1870 et de la Commune de 1871, la France patauge dans le nougat. La IIIe République naissante voit républicains, bonapartistes et monarchistes s’étriper comme des papillotes, notamment à l’Assemblée, qui s’échine à préparer les lois constitutionnelles de 1875 – c’est dire s’il leur faut faire vite pour qu’elles soient prêtes à temps. Les passions politiques sont telles que vers la Saint-André, ladite chambre décide, pour éviter de partir en sucette, d’interrompre ses discussions pour le restant de l’année. « On convint de laisser écouler le mois de décembre, pour ne pas troubler par nos débats la reprise d’affaires commerciales qui, à Paris et dans les grandes villes, précède toujours le jour de l’an. (…) On rit un peu de cet armistice, les mauvais plaisants l’appelèrent la trêve des confiseurs », raconte le duc de Broglie dans ses Mémoires (1).

L’opération commerciale n’est certes pas prévue par les Évangiles, peu soucieux de sciences économiques. L’Église n’a pas davantage le sens des réalités communes : la seule trêve qu’elle ait jamais soutenue est celle de Dieu, lancée en 1027 pour tenir la dragée haute à la noblesse féodale en lui interdisant les bêtises entre le mercredi soir et le lundi matin, ainsi que pendant le carême, les vacances de Noël et celles de Pâques. Sans grand succès.

Heureusement vient la nuit de saint Sylvestre. Bien qu’il n’y ait plus guère de Sylvestre dans nos entourages – le prénom est passé de mode –, tout le monde se rappelle que Sylvestre Ier, qui monta sur la chaire de saint Pierre le 31 décembre 314 et y mourut le 31 décembre 335 (2), fut un très grand pape, puisqu’il organisa le secours des pauvres, inventa le week-end (scindé en deux jours : le jeudi et le dimanche), guérit de la lèpre l’empereur Constantin, le baptisa et fit du christianisme une religion swag.

Et c’est bien en son honneur que, chaque 31 décembre, la multitude se réunit entre amis et se livre à de copieuses goinfreries, arrosées de bon vin blanc qui mousse et qui pique, poudrées de cotillons en papier et plastique. À minuit, on crie, on s’embrasse, on franchit dans la frivolité et la joie la porte de Janus, qui ferme la guerre et s’ouvre sur l’espérance d’une paix et d’une prospérité nouvelles. C’est la bonne année.

On le voit bien : de Noël à Nouvel An, la période est primesautière et calorique. Il faut cela pour apeurer le général Hiver et libérer le Soleil des rets du solstice. À partir de là, le jour mord le froid crochu de la nuit et la terre se délivre peu à peu de la peur de mourir. Bientôt, cela sera le printemps. Encore un peu et nous jouirons de l’été. Et déjà se dessine l’inexorable chute qui, à la fin de l’automne, nous plongera de nouveau dans l’hiver.



(1) Albert de Broglie (1821-1901), Mémoires, Calmann-Lévy, 1938, tome II, page 330.

(2) Une coïncidence qui rappelle celle d’un autre pape, Pie XII, né le 2 mars 1876 et élu souverain pontife le 2 mars 1939. Oncques ne vit cadeau d’anniversaire plus prestigieux.

mercredi 6 juillet 2016

Le temps des cerises

La voici venue, la saison des cerises. La chanson assure qu’on les cueille en rêvant. Quelle naïveté. La cueillette de ce fruit délicat requiert attention et dextérité, sans quoi le merle moqueur aura vite fait de rappliquer pour se fendre la poire – bien que ce fruit ne soit pas du moment – devant votre maigre panier et votre mine déconfite. Le merle est con.

De la fin mai à la mi-juillet, « il est bien court le temps des cerises », et c’est la seule information vraiment sérieuse que nous apprend Jean Baptiste Clément, l’auteur. Car si celui-ci fut bon poète, force est de constater qu’il manquait cruellement de connaissances botaniques. On peut l’en blâmer, car la cerise n’est pas née de la dernière pluie. Elle est de toutes les délices depuis quelque six mille ans, quand elle fut découverte sur un gâteau d’Asie mineure. On murmure, dans les milieux autorisés, que le truculent Lucullus l’aurait introduite en Europe vers 2086 avant demain matin.

Pline l’Ancien, c'est certain, en a étudié et chanté les caractères et les vertus dans son Histoire naturelle, poussant le souci du détail jusqu’à nous prévenir que la cerise ressemble à s’y méprendre au fruit du micocoulier, et qu’il faut bien faire gaffe à pas les confondre : « Faba Graeca, quam Romae a suavitate fructus, silvestris quidem, sed cerasorum paene natura, loton appellant. » « La fève du micocoulier est un fruit sauvage, mais qui ressemble presque à la cerise et qu’à Rome on appelle lotos, à cause de sa douceur. » Livre XVI, chapitre LIII, machin 123. Quant à Pline le Jeune, brisons là, ce galapiat ne pensait qu’à s’en bâfrer en compote et clafoutis.

La France, ce bel et doux pays à la douceur angevine, cette exquise patrie de gastronomes, sut accueillir le cerisier avec moult bonnes sollicitudes dès le plus haut Moyen Âge. Certes, rétorqueront les esprits chagrins, il fallut attendre le XVIIIe siècle pour que sa culture se répandît un peu partout, sous l’impulsion de Louis XV, qui aimait bien la cerise – et pas seulement celle de madame de Pompadour.

C’est à cette longue histoire que nous devons ces mille et savoureuses variétés qui mûrissent dans nos campagnes et regorgent de malice jusque dans nos marchés et cabas. On retiendra, en particulier, la burlat (ronde, rouge vif, juteuse comme un baiser), la reverchon (plus foncée, brillante, charnue, sucrée, non sans une touche acidulée subtile), la cœur-de-pigeon (menue, fine, presque noire, ferme et craquante comme une cuisse de la Vierge de Saint-Quentin) et la napoléon (bigarreau blanc très ferme, à l’acidité franche et décomplexée, peu digeste, réservé aux tartes).

On n’oubliera pas, bien sûr, la cerise de Montmorency, de la famille des griottes – et non du connétable –, reconnaissable à sa petite gaudriole. Tant de richesse n’est-elle pas la preuve, sinon de l’existence de Dieu, que le bonheur est dans le verger ?

Seule pomme de discorde : les spécialistes ne s’accordent pas sur la fleur de ce divin drupe. André Claveau la voit rose avec ses airs de demoiselle ; Gilbert Bécaud la voit blanche et souligne, observateur et perspicace, que les oiseaux, pour le coup, sont contents. La science a progressé, mais pas la dignité des merles pour laquelle tout espoir semble irrémédiablement vain.

La cerise revêt aussi des reflets politiques, voire, dit-on dans les vieux manuels d’histoire, les teintes douloureuses de la contestation subversive. Petit rappel des faits : en 1871, après dix-huit ans de régime impérial, le peuple parisien, un brin las des dures conditions salariales et sociales de l’époque, crevant la dalle à cause du siège de Paris par les Prussiens – les éléphants, déjà, passent à la casserole, sauf Victor Hugo qui a quitté la Bastille pour les îles –, le peuple, disais-je, s’insurge, fiche un bordel pas possible et invente le socialo-communisme.

Le peuple de Paris, tout comme les merles, ne laissera jamais d’avoir des comportements curieux et d’intriguer l’entendement : tandis qu’il se fait fracasser la gueule par les troupes versaillaises, il ne trouve rien de mieux à faire que de chanter. Au lieu de s’écrier « aïe ! » comme tout le monde, il chante Le Temps des cerises, scie alors à la mode, certes, mais qui n’a rien à voir avec la politique.

Cette étrange récupération politique relèverait des amours de Jean Baptiste Clément, qui a composé sa chanson en souvenir d'une infirmière morte lors de la Semaine sanglante. La pauvresse n’en demandait sûrement pas tant, car… parlons-en, des affaires sentimentales de monsieur Clément.

Après nous avoir habilement appâtés au début de sa chanson par des mots enchanteurs (« Les belles auront la folie en tête et les amoureux du soleil au cœur »), ce drôle de pistolet nous incite à prendre la tangente (« Si vous avez peur des chagrins d’amour, évitez les belles »), joue au gros dur (« Moi qui ne crains pas les peines cruelles »), annonce non sans sadisme qu’on va morfler (« Vous aurez aussi des chagrins d’amour ») puis finit par avouer un état d’asthénie chronique (« C’est de ce temps-là que je garde au cœur une plaie ouverte et dame Fortune (…) ne pourra jamais fermer ma douleur ») avant de trahir un fond masochiste (« J’aimerai toujours le temps des cerises et le souvenir que je garde au cœur »). Voilà qui n’est pas très réjouissant.

Alors… la cerise, rouge comme le sang ? le drapeau révolutionnaire ? la passion dévorante et maladive ? Fi ! Oublions ces funestes considérations, crachons vite ces noyaux impurs, rendons à la cerise les valeurs qui lui appartiennent de plein droit : l’été, la joie, la gaieté toute simple et primesautière. Ne boudons pas ces moments de bonheur fugace et de bon aloi. Courir dans l’herbe, voir une cerise verte, l’attraper par la queue, la montrer à ces messieurs, la tremper non point dans l’huile mais dans l’eau toute chaude, pour en faire une tisane désaltérante et diurétique.

Descendre au verger en galante compagnie, inviter la belle à grimper les barreaux de l’échelle dressée contre le tronc de l’arbre, monter sous sa jupe légère comme un coquelicot, lui flatter gentiment la mignardise pour faire grossir la cerise ; icelle n’en sera que plus juteuse et vous pourrez conclure ce tendre hommage en offrant à votre amie de jolis pendants d’oreilles qu’elle ne trouvera pas chez Boucheron.

Si vous n’avez pas de plantation personnelle, ne désespérez pas. Faites comme Stone et Charden, pour qui la France est un verger éclaboussé de soleil et d’insouciante rapine.

« Il y a du soleil sur la France ; le reste n’a pas d’importance !
Allons, viens vite que l’on profite de la vie.
Le fermier d’en face a les yeux sur nous.

Mets les cerises là, dans ma chemise, et rentrons chez nous.
Dans la campagne, il reste des traces de nos deux vélos.

Pendant qu’on pédale, les autres travaillent…
Il y a du soleil sur la France et le reste n’a pas d’importance
. »

Chassez la chienlit, elle revient à vélo, oubliant que Dieu seul est grand.

vendredi 8 janvier 2016

Je me rappelle la mort de François Mitterrand

En janvier 1996, quand François Mitterrand est mort, je vivais à Rome. Je me rappelle mon rapport à l'information, Radio Vatican, Le Nouvel Observateur édition internationale, France 2, et un étrange four orange qui me permit de regarder les obsèques du président comme un petit jeune qui mate le film olé olé de Canal + en crypté.

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